Les Méchants Réacs

"Les réacs" : mais au fait, que signifie le mot dans la droite de 2016 ?

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes. Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ».
  Atlantico : Quelle signification accorder aujourd'hui au terme "réactionnaire" ?

Roland Hureaux : "Réactionnaire" a un sens précis dans la pensée marxiste. Pour que le mot revête une signification, il faut croire que l'histoire a un sens, qu'elle est orientée, qu'il y a un avant , aujourd'hui obsolète, et un après qui adviendra de toutes les façons et pour le meilleur. Les réactionnaires sont ceux qui s'opposent à  cette marche inexorable de l'histoire vers l'avant. Ils sont voués, comme le disaient certains marxistes, aux "poubelles de l'histoire" et ce n'était pas un vain mot puisqu'ils étaient généralement condamnés au camp, voire à la mort.

Par exemple les religieux, puisque la religion représentait un vestige du passé.

Cette idée d'un sens de l'histoire est plus large que le marxisme : elle se trouve dans tous le modes de pensée idéologiques. Le marxisme n'était qu'un cas particulier, mais pas le moindre de l'idéologie.

Quelqu'un qui emploie ce mot est dès lors un idéologue, c'est-à-dire quelqu'un qui raisonne faussement  sur les choses de la société.

Les idéologues croient à un certain nombre d'idées généralement fausses ou malfaisantes : par exemple l'existence de méthodes scientifiques en pédagogie ou la théorie du genre. Ils pensent en même temps que ces idées sont des idées d'avenir et que ceux qui ne les admettent pas appartiennent au passé, même quand la fausseté de ces théories, par exemple la théorie du genre, a été établie.

Il y a des domaines où il y a un vrai sens de l'histoire : par exemple le progrès scientifique ou le progrès technique, qui sont irrécusables. Mais dans les autres domaines, on a affaire à une singerie de progrès. Ni en pédagogie, ni en politique, ni même en économie, il n'y a de véritable progrès.

Entre la gauche et la droite, il y a une sorte de basculement sémantique. Jadis, la gauche se caractérisait surtout parce quelle était plus sociale. Aujourd'hui - on le voit avec la loi El Khomri qui veut détricoter le Code du travail - la gauche a renoncé à tout progrès social véritable. Ce qui caractérise la gauche, ce sont les lubies idéologiques : ouverture des frontières, mariage unisexe, croisades aveugles et criminelles pour les droits de l'homme, féminisme exacerbé et généralement contre-productif, négation de la nation, etc.

La droite, en principe, c'est cette partie de l'arc politique qui résiste à l'idéologie pour ne considérer que les réalités. Elle reconnaît un certain nombre de fondamentaux que l'histoire n'est pas susceptible de remettre en cause car ils sont la condition de la survie de la société : l'Etat, la famille, l'intérêt général, la nécessité d'un certain ordre économique, etc.

S'il y a des hommes de droite qui sont idéologues, c'est par contamination de la gauche. C'est sans doute le cas de Nathalie Kosciuszko-Morizet. Dès lors que vous classez  les hommes - ou les idées politiques - en progressistes et réactionnaires, vous vous situez dans un mode de pensée idéologique et donc de gauche.

D'autant qu'en définitive, c'est toujours la gauche qui dit ce qui est progressiste et réactionnaire. Par exemple, au siècle dernier, les langues régionales étaient tenues pour réactionnaires ; aujourd'hui, elles sont devenues une référence progressiste. La promotion de homosexualité, c'était au temps de Proust le propre d'une aristocratie attardée, aujourd'hui c'est devenu progressiste, etc. Un jour, à gauche, on décrétera qu'il faut marcher sur les mains et si vous voulez continuez à marcher sur les pieds, vous serez étiqueté de réactionnaire !

Jean Petaux : Alexandre Lemarié, dans un article publié récemment dans Le Monde et consacré à NKM, décrit la leader de l’opposition à la mairie de Paris, comme appartenant au camp des "visionnaires" opposés à celui des "réactionnaires". D’une certaine façon, cette définition "positive" et non pas par la négative ("anti-réactionnaire") répond à votre question. Une "visionnaire", autrement dit quelqu’un qui aurait une "vision de l’avenir" ou qui se situerait aujourd’hui par rapport à demain, ne saurait être réactionnaire. C’est là une définition qui correspond à une "logique d’acteur" et ne saurait donc être prise et adoptée telle quelle par l’observateur.

Tout simplement parce que l’on peut être "réactionnaire" et "visionnaire". On peut très bien avoir une vision du futur en réaction par rapport à aujourd’hui ou par rapport à ce que l’avenir doit représenter. Exemple tout simple : en octobre 1940, s’il s’avère que l’avenir est de vivre sous la "botte allemande" (cas de la France de Vichy après Montoire) on peut très bien, au nom d’une vision de l’indépendance de la France, décider "en réaction" à la politique de collaboration engagée par le maréchal Pétain, entrer en Résistance. Etre "anti-réactionnaire" comme veut l’être NKM, c’est surtout être visionnaire. Autrement dit, porter un projet global qui permet d’anticiper les crises et les mutations et refuser le retour au statu quo ante en étant contre la "réaction". En France, le mot "réaction" a souvent été utilisé pour dévaloriser les choix politiques. "Réactionnaire" s’est ainsi forgé comme l’antonyme de "Révolutionnaire". C’est largement abusif et surtout typique d’une Histoire et d’une phraséologie écrite par les vainqueurs… En réalité, étymologiquement, être "réactionnaire", c’est être tout simplement "actif", autrement dit c’est "réagir"… Que l’usage ait confisqué le mot "réactionnaire" au profit d’une droite forte et dure, ce n’est pas autre chose qu’une captation-appropriation plutôt illégitime et, à tout le moins, restrictive.

Mais ce qui est intéressant c’est que NKM récuse le mot lui-même de "réactionnaire", voire "d’anti-réactionnaire" au profit d’un terme bien plus mélioratif : "visionnaire"… En espérant qu’elle fasse preuve de "réaction" face à ses éventuelles visions.

Les «nouveaux réactionnaires» : mythe ou réalité ?

 

FIGAROVOX/SUR LE GRIL - Pour certains les «Néo-réacs» auraient gagné la bataille des idées et incarneraient désormais la pensée dominante. Dans un ouvrage qui se veut objectif et dépassionné, Pascal Durand et Sarah Sindaco tentent de décrypter leur discours. Débat.

 

Pascal Durand, professeur à l'Université de Liège, sociologue de la littérature et de l'édition, est spécialiste de l'oeuvre de Mallarmé.

Docteure de l'Université de Liège, Sarah Sindaco est spécialiste de la littérature des XXe et XXIe siècles et des rapports entre texte et idéologie.

 

Leur dernier livre, Le discours néo-réactionnaire, vient de paraître chez CNRS éditions

 

Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Natacha Polony, mais aussi Marcel Gauchet, Michel Onfray, Régis Debray, Jean-Claude Michéa, Michel Houellebecq et bien d'autres encore sont régulièrement pointés du doigt dans la presse pour «pensée déviante» et regroupés dans la catégorie censée être infâmante des «néo-réactionnaires». L'appellation trouve sa source principale dans un bref pamphlet de Daniel Lindenberg paru en 2002 intitulé Le Rappel à l'ordre, et sous-titré «Enquête sur les nouveaux réactionnaires». Que signifie réellement cette expression? N'est-ce pas simplement une manière un peu paresseuse de délégitimer un adversaire idéologique?

Le propre du texte d'intervention polémique — ce qu'était le texte de Lindenberg — est de réagir vite, avec les effets discutables que cette rapidité implique. Quant à parler de «paresse», c'est un reproche qu'on pourrait alors également adresser à certains écrits journalistiques peu avares en fait d'approximations, mais l'adjectif semble ici inutilement disqualifiant. Bien entendu, cette appellation de «néo-réactionnaire» est une construction, au même titre que le sont des expressions comme «gauche bobo» ou «gauche caviar». Et c'est bien en tant que construction que nous l'envisageons: construction polémique d'une part et médiatique d'autre part, sous l'invocation publicitaire du «nouveau». La nature même de ce type de discours est qu'il procède toujours en désignant un autre contre quoi il s'agit de se définir. L'expression n'en désigne pas moins un courant idéologique identifiable dans le paysage intellectuel français, et ceci d'autant plus que si certains s'en défendent fermement, d'autres l'endossent de leur plein gré, et souvent par provocation.

De Philippe Muray à Pascal Bruckner en passant par Robert Ménard, la liste des «néo-réacs» semble infinie. Elle rassemble à la fois des intellectuels, des écrivains et des journalistes qui bien souvent ne sont pas d'accord entre eux. Dès lors, cette catégorisation est-elle vraiment pertinente? Procède-t-elle de l'amalgame?

Le soupçon d'une démarche consistant à procéder par amalgame et à produire des «effets de liste» a pesé fortement sur l'ouvrage de Lindenberg en 2002. Faut-il pour autant renoncer à appréhender des séries et des ensembles? Au moins le faisons-nous, cela n'échappera pas au lecteur et au commentateur de bonne foi, en prenant soin d'entourer de guillemets — de prudence, de citation, d'objectivation à distance — l'appellation «néo-réactionnaire». Il n'en est pas moins clair que l'une des difficultés majeures est la très grande diversité des profils rassemblés sous celle-ci. Diversité des positionnements politiques. Diversité des trajectoires suivies, des genres pratiqués, des statuts occupés. Diversité, aussi bien, des niveaux de qualité esthétique et intellectuelle. Notre démarche collective a été non seulement de procéder par études de cas pour faire droit aux singularités, mais parallèlement de dessiner le portrait de ce que nous appellerions volontiers le «personnage collectif» des «nouveaux réactionnaires», c'est-à-dire l'idéal-type qui se dégage du recoupement de ces individualités.

Existe-t-il cependant des points communs entre ces différentes sensibilités? Lesquels?

Des thèmes largement partagés sur fond de rumination du «déclin» et de défiance plus ou moins sarcastique à l'égard des valeurs progressistes (ou «néo-progressistes»): la France et l'identité française (menacées par le multiculturalisme), l'École républicaine (menacée par le pédagogisme), la laïcité (envisagée comme élément d'un patrimoine national plutôt que comme principe juridique), l'éloignement des «élites» politiques et sociales à l'égard des réalités vécues par la «France d'en bas», etc. Mais surtout, il y a la manière dont ces problématiques brassées dans l'air politique et médiatique du temps sont véhiculées: avec bien entendu des modulations diverses, on retrouve chez tous la posture typique du pamphlétaire, porteur seul contre tous d'une vérité aveuglante, avec une rhétorique volontiers catastrophiste, mêlant pathos et provocation. Ces personnalités ont encore pour autre propriété assez commune de bénéficier pour la plupart d'une très forte exposition médiatique — le fait que quelques-uns d'entre eux soient journalistes, éditorialistes ou chroniqueurs joue évidemment en ce sens — et, malgré leur individualisme affiché, de s'organiser en réseau plus ou moins informel: manifestes, tribunes, cooptations et citations réciproques, revues en ligne, ouvrages signés en commun, etc.

 

Nous faisons bien entendu la part, dans l'ouvrage, à la tradition littéraire et intellectuelle très française dans laquelle s'inscrit le tempérament réfractaire dont témoignent et dont se glorifient les adeptes du discours « néo-réactionnaire ». Mais l'essor de ce courant de discours et de cette posture doit être aussi référé à des transformations récentes de l'espace politique et médiatique. Le tournant libéral de la gauche de gouvernement à partir des années 1980 n'y est évidemment pas étranger.

 

Les vrais réactionnaires ne sont-ils pas ceux qui défendent mordicus un ordre économique, politique, social et culturel de plus en plus contesté par une partie du peuple?

Il est vrai qu'en se réclamant d'un «peuple» oublié, aveuglé, muselé, méprisé, nombre de ceux qui appartiennent à ce courant posent, face à eux, une «élite» éloignée des préoccupations et des valeurs «authentiques» de ce «peuple». Il y a là un double panneau dans lequel nous avons pris soin de ne pas donner. S'il est nécessaire et salubre de déconstruire le discours du libéralisme de gauche et de droite actuellement dominant, avec les effets divers qu'il exerce sur l'ensemble du champ idéologique, il n'est pas moins nécessaire d'interroger la posture qui consiste d'un côté à se présenter en porte-parole d'un peuple oublié et à sonner l'alarme au sujet de réalités masquées par la doxa, tout en se montrant, de l'autre, hostiles aux sciences sociales et aux résultats des enquêtes de terrain. Des deux côtés, si l'on peut dire, le peuple a bon dos, qu'il soit vu à travers le prisme de l'angélisme ou du racisme de classe, ou encore à travers la vitre déformante des faits divers.

Depuis plusieurs semaines et en particulier la une de Libération accusant Michel Onfray de faire le jeu du FN, il y a un débat sur le débat en France. Celui-ci vous paraît-il toujours possible dans notre pays?

S'il y a une chose que montre la montée en puissance du discours «néo-réactionnaire», c'est bien que la culture du débat, de la joute verbale, héritée de toute une tradition littéraire et politique, reste très prégnante en France et que l'on peut même y faire carrière, en récoltant de gros succès de librairie et d'exposition sur les plateaux de télévision. La question utile serait, plutôt, de se demander à quelles conditions le débat devrait répondre pour être autre chose qu'un affrontement polémique s'alimentant à ses propres effets de surenchère. Et de se demander également si le débat ne devrait pas porter, d'abord, sur la pertinence non seulement politique mais intellectuelle de certains des concepts, thèmes et clichés mis en circulation dans l'opinion publique. Toute valeur morale mise à part, il y a des acquis de l'histoire, de la sociologie, de l'anthropologie sur lesquels il ne devrait pas être question de céder sous la pression de ceux qui entendent en découdre avec ce qu'ils appellent le «politiquement correct».

Que révèle, selon vous, le succès des néo-réacs?

Ce qu'il révèle est aussi ce par quoi ce succès s'explique. Nous faisons bien entendu la part, dans l'ouvrage, à la tradition littéraire et intellectuelle très française dans laquelle s'inscrit le tempérament réfractaire dont témoignent et dont se glorifient les adeptes du discours «néo-réactionnaire». Mais l'essor de ce courant de discours et de cette posture doit être aussi référé à des transformations récentes de l'espace politique et médiatique. Le tournant libéral de la gauche de gouvernement à partir des années 1980 n'y est évidemment pas étranger, qui a ouvert les vannes à différentes formes de protestation et de radicalisation. L'absence de grandes voix à gauche - et du côté de la «gauche de gauche» - depuis la disparition d'un Bourdieu par exemple ou d'un Derrida a ouvert aussi un vide dans lequel continuent de s'engouffrer des intellectuels et des chroniqueurs de combat dont le discours et la rhétorique sont étroitement ajustés, d'autre part, au régime médiatique qui s'est établi avec le tournant néo-télévisuel de médias de masse relayés par les réseaux sociaux. Sur les plateaux des talk-shows, puis sur You Tube, rien n'est plus payant que le «clash», la provocation, la dynamique de surenchère.

Pour certains, ils auraient gagné la bataille des idées et incarneraient désormais la pensée dominante. Est-ce vraiment le cas?

Sans doute faudrait-il ici faire le départ entre succès médiatique et effets sur l'opinion, et aussi se demander si l'offensive «néo-réactionnaire» contre la doxa «néo-progressiste» n'entretient pas avec celle-ci un rapport de complémentarité inattendu, par une sorte de partage du travail de domination idéologique. L'ouvrage ouvre quelques pistes en ce sens, sous le signe de la «transgression conservatrice» dont lesdits «nouveaux réactionnaires» se font les hérauts. Il est frappant en tout cas de constater que leur discours n'a pas grand chose à envier à la langue de bois qu'ils aiment à dénoncer. Rien de plus prévisible que ce discours, qui avance tout armé de clichés et qui, s'il frappe fort, frappe beaucoup à côté. Et deux choses ne sont pas moins frappantes: qu'ils sont de plus en plus nombreux, paradoxalement, à se prévaloir sur les plateaux de télévision de l'ostracisme dont ils font l'objet et que, forts de l'aura de provocation dont ils s'entourent, ils ne sont pas à l'abri des gros chiffres de vente ni des lauriers que décernent les institutions les plus étatiques de la vie littéraire, à commencer par l'Académie française.

Tous réacs !

Des militants de la manif pour tous à Martine Aubry en passant par le philosophe français Michel Onfray ou encore Manuel Valls, tout le spectre politique se voit affublé du qualificatif « réactionnaire ».

M le magazine du Monde | 31.10.2014 à 11h18 • Mis à jour le 31.10.2014 à 12h10 | Par Pierre Jaxel-Truer


Les mots, c'est compliqué. Surtout lorsqu'ils roulent dans tous les sens – propre, impropre ou figuré –, cul par-dessus tête. Ainsi en va-t-il de « réactionnaire », mot-valise et « hit » du temps. Le voilà même affublé d'un nouvel avatar : « passéiste ». C'est la rançon du succès. Pour ceux qui auraient raté ce récent épisode de la tragi-comédie de l'explosion permanente du Parti socialiste, c'est ce dernier qualificatif que Manuel Valls a utilisé pour vilipender les « frondeurs » et Martine Aubry. « Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s'attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des « trente glorieuses » ! », a-t-il martelé. Pour éreinter Arnaud Montebourg, en 2011, il s'était montré plus classique. La « démondialisation » chère à l'ancien ministre du redressement productif ? Un concept « ringard » et « réactionnaire ».

 TOUT EST DANS L'ADJECTIF

C'est ainsi. On est manifestement toujours, en ces temps troublés, le réactionnaire de quelqu'un. Naguère, c'était à peu près simple. Le réac, c'était le type de droite, ou celui à droite de la droite, qui voyait partout une identité nationale menacée, que ce soit par les évolutions sociétales ou l'immigration, et qui pérorait sur le mode du « tout fout le camp ! », l'ordre en premier. Aujourd'hui, c'est plus sophistiqué. Le réac est partout. Ainsi, pour Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls lui-même émargeait dans la liste des suspects, lors de la campagne présidentielle. Le patron du Front de gauche, dont le sens de la formule n'est plus à prouver, avait aussi trouvé une variante pour définir François Bayrou : « C'est un réactionnaire parfumé ! » Quant à Marine Le Pen, c'est une « réactionnaire confite ». Tout est dans l'adjectif. Plus récemment, fin septembre, Nicolas Sarkozy s'est à son tour essayé à l'exercice. « Cette gauche au pouvoir est réactionnaire ! », a-t-il lancé en meeting, fustigeant notamment l'interdiction de l'exploitation des gaz de schiste, qu'il avait pourtant lui-même interdite. Les réacs d'hier ne sont donc pas forcément ceux d'aujourd'hui... Le qualificatif, en tout cas, colle aussi aux basques des écologistes. La décroissance ? Réac ! Le principe de précaution ? Réac ! En voulez-vous encore ? Il y a aussi ces intellectuels de gauche qu'une partie de leur camp considère égarés. Marcel Gauchet ? Michel Onfray ? Des réacs ! Tous réacs ! Le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est d'accord, il l'a dit en 2013 : la France, arc-boutée sur son principe de l'exception culturelle, est « réactionnaire ».

On l'a compris, ce n'est pas franchement censé être une qualité. Enfin, croyait-on. Car, pour compliquer l'air du temps, déjà bien foutraque, voilà qu'il faut composer avec les « néo-réacs », fiers de l'être et très tendance. Leur chef de file ? L'omniprésent polémiste Eric Zemmour, bien évidemment. Il y a aussi Robert Ménard, qui aime répéter qu'il est « réac sur les questions sociétales », ou encore Ivan Rioufol, auteur du livre De l'urgence d'être réactionnaire, il y a deux ans, aux éditions PUF. Il reste cependant encore un peu de place pour innover : nul ne revendique pour l'instant le label de « néo-passéiste », pas plus que « néo-rétrograde ». « Archéo-réac » est aussi sur le marché. Avis aux amateurs.

 

Luchini est un méchant réac !