Démocratie en veille

La mascarade du "nouveau monde" en marche

PAR IVAN RIOUFOL LE 20 NOVEMBRE 2017   La République en marche (LREM) se laisse aller à des pratiques "démocratiques" en vogue dans la Corée du Nord. Samedi, 500 membres de LREM réunis à Lyon ont élu Christophe Castaner comme délégué général du mouvement présidentiel. Castaner, seul en lice après avoir été désigné par le chef de l’Etat, a recueilli l’unanimité des voix (moins deux), lors d’un scrutin organisé à main levée. Interrogé le soir même, sur France 2, sur ce plébiscite soviétique, Castaner a répondu : "C’est ça, le nouveau monde !". Ce nouveau monde-là, qui invite à "penser printemps", est une mascarade. Il ressemble comme deux gouttes d’eau aux plus dangereuses utopies de l’ancien temps. Certains adhérents d’En marche!, certes minoritaires, commencent d’ailleurs à dénoncer une "escroquerie intellectuelle" (Michel Coste) dans cet ersatz de société civile que LREM prétend représenter. Cette formation, où l’adhésion se fait par simple clic, est instrumentalisée au profit d’un pouvoir présidentiel de plus en plus personnel, vertical, autoritaire, secret, méprisant, soupe au lait. La tentation du parti unique complète la panoplie du parfait petit tyranneau, prétendument élu pour réconcilier le peuple avec ses dirigeants. Emmanuel Macron prend des airs de despote éclairé. Pour sa part, la Macronie s’enlise dans une macrocrature (nul n’y entre s’il n’est "winner") dévouée à son Guide suprême. Voilà pourquoi la révolution macronienne s’annonce comme un grand bond en arrière et une terrible déception, si rien n’est fait pour corriger la pente élitiste et sectaire actuellement suivie.
L’affaiblissement politique que connait Angela Merkel, incapable de constituer une coalition après la percée populiste de l’afD, est une alerte que Macron devrait méditer en urgence. L’Allemagne témoigne de la grave erreur d’analyse du chef de l’Etat français, qui voit dans l’économie et le social la seule réponse aux maux d’une société. Ce vieux raisonnement erroné, encore partagé par les marxistes, ne permet pas de répondre à la question identitaire qui, partout, bouleverse la donne politique. La réussite économique de l’Allemagne n’a pas empêché la percée du parti souverainiste de l’afD (12,6% des voix aux élections législatives du 24 septembre). Le silence de Macron sur la laïcité, sujet qui empoisonne le débat national, laisse deviner, chez lui, un désarroi proche du renoncement. Alors que Manuel Valls pousse, avec raison, à une position de fermeté face aux provocations de l’islam politique, la "laïcité inclusive" que défend le président annonce bien des reculs. Après avoir déjà soutenu que la réponse au terroriste devait être économique, il faut s’attendre de sa part aux mêmes banalités sur le vivre ensemble, autorisant la discrimination positive et la bienveillance vis-à-vis des minorités. Le supposé président de choc, ainsi décrit par ses thuriféraires, garde en réalité ses brutalités et ses indifférences pour la France populaire, périphérique, rurale et provinciale. La République en marche n’accorde pas un regard aux "ploucs".